Crédits photos : Mathieu Arif et Fred Chapotat

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Date de publication18 décembre 2018

Les arts participatifs, une expérience citoyenne et esthétique à Sevran

Théâtre
GRAND ANGLE

Le 13 octobre 2018, le Théâtre de la Poudrerie de Sevran accueillait des artistes, des professionnels de la culture, des élus, des analystes et des citoyens pour évoquer la question brûlante des arts participatifs qui, à Sevran, prennent la forme d’une invitation faite aux habitants qui le souhaitent de transformer leur domicile en scène de théâtre.

Si les gens ne vont plus au théâtre, pourquoi le théâtre ne viendrait-il pas à eux ? Depuis 2011, les habitants de Sevran en Seine-Saint-Denis sont encouragés à participer à la vie artistique et culturelle de la ville. Concrètement, on leur propose de transformer leur domicile en scène de théâtre. Dans les salons, les cuisines, les jardins ou les garages, l’expérience citoyenne, esthétique et gratuite permet à l’habitant de devenir acteur, ambassadeur et coproducteur d’une œuvre, tandis que la ville offre une multiplicité d’espaces de jeu. En arpentant les rues, les quartiers, en faisant du porte-à-porte dans les immeubles, et en rencontrant les associations du territoire, l’équipe du Théâtre de la Poudrerie a progressivement convaincu les habitants de tenter cette expérience qui consiste à devenir pour un soir organisateurs d’une représentation. Généralement, les pièces sont assez courtes (une heure environ), elles sont interprétées par un, deux ou trois comédiens et accompagnées d’un décor léger et simple à mettre en place.

Le théâtre en appartement s’affiche ainsi indéniablement comme un art de la socialité, et c’est ce qu’ont voulu formuler le 13 octobre 2018 les organisateurs de la rencontre nationale sur les arts participatifs organisée par le Théâtre de la Poudrerie de Sevran, en partenariat avec l’Observatoire des politiques culturelles. Une journée de réflexion, de rencontres et de débats ouverte au public et croisant les points de vue d’artistes de différentes disciplines, d’analystes, de décideurs et d’habitants.

Un art de la socialité ?

« L’une des questions posées par ce mouvement de fond est celle de l’appropriation de son rapport au monde, et donc notamment à l’art et à la culture dans la mesure où ils suscitent des lieux et des moments de socialité où la recherche de l’autre et l’affirmation de soi constituent deux tendances complémentaires et somme toute paradoxales », notait Jean-Pierre Saez, directeur de l’Observatoire des politiques culturelles, en introduction de cette rencontre, devant des élus et des responsables politiques de la région de Seine-Saint-Denis invités pour l’occasion.

Comment expliquer que les artistes cherchent à impliquer aujourd’hui davantage qu’hier les publics et plus encore les habitants dans le processus de création ? De quoi cette recherche est-elle révélatrice d’un point de vue artistique mais aussi sociétal ? Qu’est-ce qui apparaît à travers ces nouvelles interactions ? En quoi ces pratiques engendrent-elles de nouvelles manières de voir et de se voir ? Comment développent-elles l’estime de soi ? Les arts participatifs correspondent-ils à une mode, un besoin de faire du neuf, une réponse à telle ou telle injonction idéologique ou politique ? Ou bien, vu son succès observé un peu partout dans le monde, ne correspond-il pas à l’exploration d’un rapport élargi entre l’art et la démocratie ? Pour répondre à ces questions, deux tables rondes se sont enchaînées :

« L’une des questions posées par ce mouvement de fond est celle de l’appropriation de son rapport au monde » Jean-Pierre Saez

Table ronde 1 : « Un autre dialogue entre artiste et habitant, une autre manière de créer du public ».

Animée par Cyrille Planson, rédacteur en chef du magazine La Scène. Avec Jyoty Laborde et Marc Levesque (habitants de Sevran et organisateurs de théâtre à domicile), Lionel Arnaud (professeur en sociologie à l’Université de Toulouse), Malika Chafi (Fondation Abbé Pierre), Ian Gilg (directeur artistique et metteur en scène de la compagnie Mémoires vives), Patrick Pineau (metteur en scène, compagnie Pipo), Géraldine Bénichou (metteuse en scène, Théâtre du Grabuge à Lyon), Carole Karemera (comédienne, directrice de l’Ishyo Arts Centre à Kigali au Rwanda) et Mari Linnman (médiatrice, Les Nouveaux commanditaires).

Table ronde 2 : « Une nouvelle esthétique, celle de la participation ? »

Animée par Gwénola David, directrice générale d’ARTCENA. Avec Charles Di (habitant, participant aux créations « IDM » et « Au_tour de » du collectif LFKs de Marseille), Valérie Suner (metteuse en scène, Théâtre de la Poudrerie à Sevran), Corine Miret (metteuse en scène, La Revue Éclair), Mohamed El Khatib (metteur en scène, collectif Zirlib), Tue Bierling (metteur en scène, Fix&Foxy, Danemark) et Christophe Rulhes (metteur en scène, anthropologue, GdRA).


Les échanges se sont achevés par une conclusion du philosophe et essayiste Patrick Viveret.
 

Une démarche exemplaire à déployer sur les territoires ?

Pour Valérie Suner, metteuse en scène et directrice du Théâtre de la Poudrerie, qui recevait les invités et le public, « c’est intéressant de pouvoir confronter les avis et les expériences des artistes, des institutions, de sociologues et des habitants. Ça ouvre le débat sur des questions politiques qui sont parfois un peu délicates, et je trouve cela formidable qu’elles puissent être exprimées. Cela fait 7 ans que le projet d’art participatif est en place à Sevran et il est aujourd’hui développé dans une quinzaine de villes de la Seine-Saint-Denis. Par ailleurs, des partenariats sont créées avec la région Poitou-Charentes (la maison Maria Casarès), le Rwanda et nous sommes en train d’envisager des échanges avec le Danemark ».

Sur place, nous avons également interrogé Lionel Arnaud, Corine Miret, Mohamed El Khatib, Charles Di et Carole Karemera qui nous donnent leur point de vue sur le sujet et sur cette rencontre.

Cyril De Graeve
Co-fondateur et ancien directeur de la rédaction du magazine "Chronic'art" (1997-2013), il a longtemps oeuvré dans la presse culturelle, cyberculturelle et sociétale en tant que journaliste indépendant. Il rejoint ARTCENA en tant que journaliste-rédacteur en 2017.   ARTCENA, Centre n...