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Date de publication15 janvier 2019

Communiqué des États généraux des écrivain.e.s de théâtre

État des lieux du 7 janvier 2019
par Le Collectif des participants aux États généraux des écrivain.e.s de théâtre , publié dans "ARTCENA - Le Bulletin n°10" (Janvier 2019)
Théâtre
OPINION

L’activité dynamique et prolixe des écrivaines et écrivains de théâtre souffre aujourd’hui de la représentation caduque qu’il en est souvent donné. C’est pour répondre aux attaques à l’encontre des auteurs dramatiques qu’un collectif a décidé de lancer des États généraux des écrivain.e.s de théâtre, dont la soirée de lancement a eu lieu le 7 janvier dernier au Théâtre national de La Colline. Dans un communiqué que nous publions ici, les signataires livrent leur constat, ainsi que leurs premières réflexions…

En janvier 2018, un dossier du quotidien Libération, s’interroge ainsi : «Théâtre: A-t-on encore besoin d’auteurs?». Des écrivaines et des écrivains de théâtre échangent alors pour répondre à ce qui semble être une provocation maladroite, mais qui reflète en réalité un malaise : de nombreuses pièces sont écrites chaque année, révélant une richesse et une diversité thématique et stylistique peu communes dans la création mondiale. 
Cependant, les conditions financières de leur création sont souvent difficiles, les représentations trop peu nombreuses, eu égard à l’intérêt qu’elles soulèvent et au travail investi. La vitalité existe, les publications sont nombreuses, des formations à l’accompagnement des jeunes écrivaines et écrivains se multiplient, mais les écrivaines et écrivains peinent encore à trouver une place évidente dans les théâtres. Leur activité est souvent mal comprise, ignorée ou caricaturée. 

La situation des écrivains et écrivaines de théâtre pose pourtant la question du théâtre en tant que tel. Quelle est la place de celle ou de celui qui compose, travaille la langue, se confronte à l’écriture et à la pensée du texte et de la parole? Comment penser la place des autrices et auteurs dans les théâtres actuels? Comment continuer à affirmer que le monde ne s’écrit pas de la même façon qu’à l’époque de Tchekhov, de Shakespeare ? Que nous avons besoin de paroles inédites ? Que notre société a besoin de reflets multiples, de dialogues, de débats, de forums, de fictions, comme de non-fictions, de paroles objectives, comme de poétiques, de personnages, comme de matériaux à scander? Comment parler des nouvelles formes de collaborations avec les jeunes équipes artistiques pour qui, à tort ou à raison, «le texte en majesté», préexistant au projet de représentation, est de moins en moins désiré? Comment faire connaître la diversité des approches pour parler du réel? 

Nous sommes en permanence en lien avec des équipes, des artistes, avec le théâtre de notre temps. Nos pièces sont publiées, jouées, mises en espaces, primées, traduites, retravaillées. Nous écrivons, seul.e, sur commande, participons à des collectifs, mettons parfois en scène, travaillons au sein de théâtre, animons des compagnies soucieuses de textes neufs pour exprimer le monde d’aujourd’hui, menons des actions autour du théâtre et de l’écriture dramatique dans des endroits divers et parfois complexes, enseignons, sommes en dialogue réguliers avec les plus jeunes. 

Le hiatus saisissant qui existe entre notre activité et la représentation caduque donnée des écrivaines et écrivains de théâtre nous sidère. La situation actuelle de frilosité est préoccupante. L’écriture pour le théâtre naît dans la subjectivité, traversée par le désir de faire corps en présence. Elle restaure des liens de citoyenneté distendus, à rebours d’un monde où les lieux se dématérialisent, où la pensée se rétracte derrière des simplifications émot-iconiques, où les états peinent à représenter les peuples, où les puissances de l’argent opèrent sans complexe et sans frein un travail de sape à l’encontre des personnes. L’écriture pour le théâtre constitue un acte éminemment politique. Où le mot prend corps, se fait vivant, étreint, crée du lien. 

Ces considérations ont fait naître une envie commune d’établir un état des lieux de la création contemporaine, et surtout de devenir une force de proposition pour que rayonne partout en France et à l’étranger la vitalité de ce qui s’écrit aujourd’hui. Il s’agit de réaffirmer la place essentielle à réinventer pour les écrivaines et écrivains de théâtre, une place toujours mouvante, toujours soucieuse d’altérité, toujours en recherche, à l’image du théâtre auquel nous consacrons l’essentiel de notre temps.

Le Collectif des participants aux États généraux des écrivain.e.s de théâtre
[Signataires] :   Aurianne Abecassis, Amine Adjina, Gustave Akakpo, Victor Alesi, Bruno Allain, Julie Aminthe, Catherine Anne, Yann Allegret, Marion Aubert, Julien Avril,  Michel Azama, Marine Bachelot Nguyen, Alexandra Badea, Jalie Barcilon, Virginie Barreteau, Nicolas Barri, Mario ...