Une enquête conjointement menée par les ministères de l’Éducation nationale et de la Culture dresse un état des lieux de l'éducation artistique et culturelle dans les écoles et les collèges à partir des chiffres de l’année scolaire 2018-2019. Elle confirme que près de trois élèves sur quatre bénéficient d'au moins une action relevant de l'EAC mais également que demeurent des disparités, notamment entre les écoles primaires et les collèges, entre les zones rurales, les centres villes et les banlieues, entre les petits et grands établissements.
Près de trois élèves sur quatre touchés
L’étude débuterait presque par un invariant statistique de « trois élèves sur quatre touchés par au moins une action ou un projet relevant de l’éducation artistique et culturelle » par rapport à la précédente enquête sur l’année scolaire 2017-2018 livrée en octobre 2019.
Les écoliers sont largement emmenés par cet élan puisque 80% d’entre eux sont concernés par une action ou un projet EAC contre seulement 59% pour les collégiens.
Il apparaît aussi qu’ils y sont fréquemment associés en groupe (celui-ci étant souvent constitué de la classe) et que ces réalisations couvrent en moyenne annuelle 18 heures à l'école et 19 heures au collège.
Lorsqu'il s'agit d'actions entreprises par l'établissement à destination des élèves la parité filles/garçons est au rendez-vous. Dès que ces actions ou projets se fondent sur le volontariat, les chiffres oscillent et montrent des filles souvent plus engagées vers les arts et la culture avec un intérêt record pour le spectacle vivant : danse (85%), chorale (70%) et théâtre (65%).
De la force des dispositifs
La chorale s’avère être la discipline majoritaire dans les arts vivants. Il est proposé par 63% des écoles et 92% des collèges. Peut-être peut-on y voir ici deux éléments qui peuvent favoriser cette avancée.
D’une part la structuration d’un corps d’enseignant que sont les musiciens intervenants professionnels (dumistes) et leur reconnaissance auprès des réseaux de l'enseignement artistique où ils sont intégrés et comptent comme partenaires.
D’autre part, il faut aussi rappeler que cette rentrée 2018-2019 a été marquée par l'instauration du dispositif « Chant choral », fruit de l'engagement des ministères de l’Éducation nationale et de la Culture. Ce dispositif introduit un nouvel enseignement facultatif de chant choral de 2 h dans 7 100 collèges, valorisé au diplôme national du brevet et permettant de gagner des points - au même titre que tous les enseignements facultatifs.
À noter aussi, toujours au niveau musical, le plan « Tous musiciens d’orchestre » annoncé le 23 mai 2018 par la ministre de la Culture, avec des initiatives telles que Démos dispositif d’éducation musicale et orchestrale à vocation sociale et Orchestre à l’école. Ces dispositifs sont soutenus pour permettre à davantage d’élèves, prioritairement issus des zones rurales et des quartiers relevant de la politique de la ville, de rejoindre un orchestre d’école.
L’EAC dans la lutte contre les inégalités
Les dispositifs reportés sur les zones d'éducation prioritaire et renforcés sur cette année scolaire 2018-2019 ont permis à 63% de leurs élèves de disposer d'un temps EAC contre 58% hors de ces zones. Les collèges plus favorisés socialement sont moins concernés par l'EAC. Ces collèges sont cependant implantés dans des quartiers où les équipements culturels sont à proximité.
L’éloignement de ces ressources culturelles locales complique la mise en place d’actions ou de projets en EAC. Le milieu rural est ainsi défavorisé combien même la taille souvent plus petite de ses établissements scolaires, permet d’associer, en proportion, plus d’élèves dans chaque réalisation entreprise.
La taille des établissements scolaires influe également. Les plus petits peuvent faire bénéficier d'une action ou d'un projet, en une ou deux opérations, l'ensemble de leurs élèves et sont en mesure aussi de fournir une offre artistique et culturelle plus variée. De fait, dans les écoles de moins de 80 élèves, l’EAC concerne 87% des élèves contre 80% pour les écoles plus grandes. La même tendance s’observe pour les collèges : dans ceux de moins de 300 élèves, l’EAC touche 71% de collégiens et seulement 56% des élèves dans les établissements de plus de 500 collégiens. Les établissements plus importants en nombre d'élèves doivent mettre en œuvre davantage de réalisations pour parvenir à introduire le maximum de leurs élèves dans un projet EAC. L’Education artistique et culturelle étant un moment consacré à la mise en relation à l’œuvre et/ou aux artistes et ne peut s’envisager qu’en groupe restreint pour favoriser la prise de parole sensible.
Ces deux constats sont aussi des causes discriminant les établissements scolaires des quartiers urbains défavorisés où le nombre des élèves est important et les moyens structurels (moyens à mettre en œuvre, proximité d’équipements culturels, etc.) manquent. D’où l’importance de la mise en place de dispositifs ciblés dans les territoires prioritaires qu’ils soient urbains ou ruraux.
Coordinateur : Le référent, pilier de l'EAC
La présence d'un référent culture est un gage de l'implication des établissements scolaires qui en sont pourvus dans le montage de plusieurs projets EAC. Dans les écoles, 85% des élèves sont concernés par ces projets lorsqu’elles sont dotées d’un référent identifié contre 77% pour les celles qui n’en disposent pas.
Pour les collèges 61% des élèves bénéficient de l’EAC dans les établissements avec un référent contre seulement 55% pour ceux qui en sont dépourvus.
Pour les écoles, se sont généralement les directeurs d'établissements qui, dans 8 cas sur 10, sont les référents de l’EAC.
Dans les collèges, ce sont les professeurs documentalistes qui viennent en tête devant les professeurs de lettres et ceux d'arts plastiques.
La « neutralité » artistique et culturelle des responsables de CDI [Centre de documentation et d’information] peut, en partie, expliquer pourquoi la nature des projets portés en collège y est plus variée.
Le théâtre, par exemple, y tient la deuxième place à parité avec le patrimoine (24%) et derrière les arts plastiques (28%).
La distance prise par les enseignants documentalistes se révèle aussi en termes de pilotage des projets retenus qu'ils ne prennent en charge que pour 10% d'entre eux à parité avec les enseignants d'arts plastiques alors que se sont plus souvent les enseignants de lettres (22%) ou d’histoire-géographie (11%) qui en assurent l’accompagnement.
Le rôle du référent est positionné plutôt sur la recherche et entretien de partenariats et par l’identification des réseaux artistiques et culturels en proximité que sur le pilotage d'actions ou de projets qu'il ne fait qu'amorcer.
Une construction de projets en partenariats
Cet assemblage pour composer le temps de l'EAC montre qu'il tient par les liens tissés avec d’autres entités, structures ou acteurs artistiques ou culturels. Cet usage est quasiment généralisé puisqu’il intervient dans 8 cas sur 10 pour les écoles et 9 cas sur 10 pour les collèges. Ces partenariats se développent et sont mobilisés dans la moitié des projets en EAC.
Il faut souligner cependant que, souvent (plus de la moitié des cas en école comme en collège), le partenaire joue un rôle de prestataire de services. L’étude quantifie cependant les co-constructions de projets et mentionne que 45% des partenaires pour les écoles sont appelés à participer au montage du projet en EAC et seulement 37% pour les collèges.
Les « ressources locales » notamment celles des conservatoires sont primordiales. Ces derniers travaillent davantage avec les écoles (15%) où la musique est la discipline artistique la plus communément conviée en EAC qu'en lien avec les collèges (8%).
La présence d’équipements culturels de proximité favorise considérablement la mise en place de projets pour peu qu’il y ait un coordinateur/référent culture dans l’établissement scolaire. L’enquête révèle que les équipements relevant des arts vivants sont peu sollicités.
Seulement une école sur quatre a développé un partenariat avec des artistes ou collectifs d'artistes ou une salle de spectacle. L'écart est ramené à quatre collèges sur dix tout en précisant que les collèges sollicitent davantage les compagnies, les artistes et collectifs d’artistes qu’ils ne mobilisent les équipements de ces secteurs.
L’EAC et les élèves : créer le temps de la rencontre
Il s’agit d’une rencontre très souvent ponctuelle à travers les sorties ou visites culturelles qui restent la forme d’action la plus importante et représente 90% des actions en EAC portées à l'école et 98% de celles pilotées au collège.
Elles se déroulent principalement au musée ou dans un lieu d'exposition (pour 40% des projets des écoles et 35% des projets des collèges). Les compagnies de cirque et d'arts de la rue sont visitées dans 19% des cas de sorties des écoles tandis que les collèges favorisent les salles de spectacles jusqu’à 22% de leurs sorties. Les voyages permettant de pousser l'expérience d'éducation artistique et culturelle en ouvrant des espaces d'immersion. Ils sont essentiellement réalisés au collège (81% contre 35% à l'école).
La rencontre avec un artiste concerne davantage les collèges (89%) que l'école (57%). La résidence artistique n’est pas très répandue puisque seulement 9% des écoles et 21% des collèges y recourent. Pour les plus jeunes, l'artiste rencontré est majoritairement le musicien ou le chanteur (35%) tandis que pour leurs aînés du collège ce sont les professionnels du spectacle vivant hors musical (31%) avec qui ils sont mis le plus souvent en relation.
Les ateliers artistiques occupent 68% des activités des écoles et 66% pour les collèges.
Le club théâtre est plébiscité à 59% dans les collèges où il occupe la huitième place des activités proposées contre 7% à l'école.
Ces statistiques vont faire référence. Elles resteront les témoins d'une activité avant la pandémie de la Covid-19. Ces chiffres permettent aussi de mieux comprendre pourquoi l'éducation artistique et culturelle, qui implique l’échange et la mise en relation des élèves avec les artistes et leurs œuvres , est tellement "touchée" par le virus actuellement...