L’Europe des tiers-lieux culturels au Plus Petit Cirque du Monde

Arts de la rue, Cirque, Théâtre
RENCONTRE

C’est au sein du Plus Petit Cirque du Monde (PPCM) à Bagneux qu’étaient organisées cette année la nouvelle édition des Trans Europe Halles (TEH). Du 27 au 30 septembre 2018, des professionnels de la culture et des arts venus de toute l’Europe se sont réunis pour échanger leurs expériences et faire le point sur l’émergence et la nécessité des tiers-lieux.

Jeudi 21 septembre 2018, 9h00 : Eleftérios Kechagioglou (écoutez notre entretien ci-dessus), sémillant directeur du Plus Petit Cirque du Monde à Bagneux, accueille les participants des 86e rencontres Trans Europe Halles (TEH), avant la session plénière. Philippe Grombeer, co-fondateur du TEH, est venu de Bruxelles pour narrer à l’assistance installée dans l’espace de conférence du PPCM les origines de la création du réseau Trans Europe Halles. « 35 ans après sa création, je suis impressionné par la dynamique du réseau, le rapide développement des subventions européennes et la richesse de toutes ces expériences conduites par de jeunes gens ravis de se rencontrer physiquement », nous confie en aparté l’ancien directeur des Halles de Schaerbeek à Bruxelles, un des premiers lieux industriels d’Europe recyclé en complexe culturel. C’est en mars 1983, à l’occasion d’une réunion occasionnelle, que Schaerbeek, Huset (Copenhague, Danemark), Kultur Fabrik (Koblenz, Allemagne), Melkweg (Amsterdam, Pays-Bas), Ny Scen (Göteborg, Suède), Pali Kao (Paris) et Rote Fabrik (Zurich, Suisse) décident d’un commun accord de continuer à se rassembler pour se soutenir et développer leurs méthodes de travail. Le réseau TEH est né et ne cesse depuis de prendre de l’ampleur en marge d’une offre culturelle classique trop fermée, trop froide ou trop élitiste.

After-movie des 86e rencontres TEH - Crédits : PPCM

État des tiers-lieux

Pour ouvrir ces journées de conférences et workshops, Philippe Grombeer est accompagné par Mieke Renders, la directrice générale et coordinatrice suédoise du TEH, qui présente un état des lieux complet du réseau. Trans Europe Halles (TEH) compte aujourd’hui 102 membres, artistes ou citoyens créateurs et animateurs d’espaces culturels indépendants et multidisciplinaires installés dans des friches industrielles, marchandes et militaires dans le Grand Paris et partout en Europe. Depuis trois décennies, les membres de TEH transforment des bâtiments (lieux de travail, bâtiments industriels en friche) en espaces où tous les citoyens ont accès à la culture et aux arts, tandis que l’interaction, l’échange, la convivialité et l’apprentissage s’y développent. Ces tiers-lieux aux activités plurielles sont particulièrement bien intégrés dans leur secteur géographique de proximité avec des publics dont elles fidélisent le regard, l’écoute et tout ce qui peut les amener à penser l’artistique.

« Les lieux sont tous différents et complémentaires, c’est la diversité qui fait la richesse de ce réseau » (Juliette Bompoint)

 « Diriger un projet participatif », « Trouver des financements et/ou des partenaires européens », « Partager et contribuer », « Éducation artistique et transformation sociale », « La blockchain dans le secteur culturel »… Autant d’ateliers, agrémentés de spectacles et de moments festifs organisés sous le chapiteau, se sont enchaînés durant ces rencontres afin de tenter de développer des solutions originales pour les nouveaux défis auxquels les membres du réseau sont confrontés en Europe. Le Confort Moderne à Poitiers, ouvert en 1985 dans un ancien entrepôt d’électroménager, a été le premier membre français du réseau TEH. Il a été rejoint ensuite par Mains d’Oeuvres, « lieu pour l’imagination artistique et citoyenne », installé en 1988 dans l’ancien centre social des usines Valeo à Saint-Ouen. « Les lieux sont tous différents et complémentaires, c’est la diversité qui fait la richesse de ce réseau », affirme Juliette Bompoint, sa responsable. « À Main d’Oeuvres, nous développons la pluridisciplinarité et notre équipe accompagne 250 résidents par an pour porter des projets artistiques et citoyens ».

Les tiers-lieux, une nécessité

Le PPCM, école de cirque et de cultures urbaines, cirque citoyen et social, lieu de spectacles et de résidences est, lui aussi, devenu un parfait représentant du concept de tiers-lieux. Pour son architecte, Patrick Bouchain, à qui l’on doit la conception en 2015 de ce bâtiment de bois à l’architecture audacieuse, « les tiers-lieux ne sont pas une mode, ils sont une nécessité ».

« On s’est rendu compte que la normalisation ne rendait pas les gens heureux » (Patrick Bouchain)

Invité également à participer à ces rencontres, ce pionnier du réaménagement de lieux industriels en espaces culturels (Le Magasin à Grenoble, La Ferme du Buisson à Noisiel, Le Lieu unique à Nantes, La Condition publique à Roubaix, notamment) observe qu’« à l’instar du logement social, on s’est rendu compte que la normalisation ne rendait pas les gens heureux, mais provoquait plutôt un mal-vivre dans des habitations modélisées. Je pense qu’en ce qui concerne les artistes, il existe aussi un mal-vivre, ou un plutôt mal-créer, dans des lieux devenus trop formatés ou aseptisés. En parallèle, nous vivons une grande période d’abandon : on détruit des logements sociaux, des usines, des centres commerciaux, tandis que des gens réclament des logements, des ateliers et des lieux de culture. Dans ce contexte, et sans plus passer par les autorités, les artistes vont déterminer eux-mêmes les équipements dont ils ont besoin pour vivre et créer ensemble. Cette nécessité est particulièrement forte aujourd’hui, et le concept de tiers-lieux correspond tout naturellement à cette attente. »

Les rencontres se sont achevées dimanche par une visite de quelques tiers-lieux culturels autour de Paris, dont Main d’Œuvre. Puis intramuros, à la découverte des Grands Voisins, village utopique et éphémère accueillant des porteurs de projets solidaires, culturels, artistiques et associatifs installé dans l’ancien bâtiment de l'hôpital Saint-Vincent-de-Paul dans le XIVe arrondissement.