© Jean Tholance

Théâtre de l’Unité

Arts de la rue
FOCUS

Ils sont à la fois les grands enfants et les grands parents terribles du théâtre de rue en France. Trois mots pourraient résumer la démarche du Théâtre de l’Unité, bientôt quinquagénaire : engagement, culot et générosité. Née en 68, biberonnée à la révolution et aux idéaux du théâtre populaire, la troupe menée par Jacques Livchine et Hervée de Lafond n’a jamais laissé cette notion prendre la poussière, depuis ses débuts dans les MJC jusqu’à son kapouchnik régulier à Audincourt et son Parlement à Aurillac l’été dernier.

Raconter le parcours de L’Unité, c’est une gageure, la seule liste de leurs créations  pouvant à elle seule remplir le lignage exigé par l’exercice. Faut-il, d’ailleurs, parler de « créations » ? Bien sûr, l’Unité a monté plus de soixante spectacles dont certains ont marqué l’histoire du théâtre de rue : La 2CV Théâtre, La Guillotine, le Théâtre pour chiens, Oncle Vania à la campagne… Mais Hervée de Lafond, Jacques Livchine et leurs complices pourraient revendiquer la création permanente comme d’autres la révolution permanente. Tout est prétexte à improviser, à inventer, d’un anniversaire à un enterrement, d’un atelier à une manif, de la salle à la rue. Faire théâtre, rire et convivialité de tout, y compris des catastrophes, pourrait être leur maxime. « Le Théâtre de l’Unité, c’est toujours autre chose » est leur slogan. Toujours autre chose, mais quelques constantes que ce parcours s’efforce de livrer : le théâtre populaire et politique, les voyages et l’ancrage, l’audace et la fête.

Livret de famille. Théâtre de l'Unité, 30 ans de guignol
Auteur : Théâtre de l'Unité
2011

Les fondations

Y’a-t-il un acte de naissance du Théâtre de l’Unité ? Jacques Livchine le date très exactement du 22 mars 68. Il commence tout juste à se frotter au théâtre et vient de travailler avec Marc Normand. Ce dernier a fait faillite, et faute de pouvoir payer ses comédiens, laisse à celui qui s’appelle alors Jacques Rappoport un camion Volkswagen à huit places. Il va falloir en faire quelque chose. Jacques cherche un texte pour six comédiens et le trouve chez Peter Weiss Le chant du fantoche Lusitanien ; Trois mille francs empruntés à sa grand mère dans la poche, il brave la colère paternelle et prend le nom de ladite grand’mère avant de frapper à la porte de la MJC d’Issy les Moulineaux qui d’emblée lui met une salle gratuite à disposition.

C’est parti pour 47 ans. Nous sommes en 1968, la grève générale est déclarée le 5 mai, la troupe « en grève active » écume les usines et lycées occupés. Son nom, elle l’emprunte à une troupe de cheminots anglais, le Unity Theatre, qui a posé ses quartiers près de la tombe de Karl Marx à Londres et fait vivre le théâtre des « jeunes gens en colère »1. Le Théâtre de l’Unité est lancé, et popularisé par des affiches de l’Atelier populaire des Beaux-Arts. Un acte fondateur. Mais ça démarre de manière militante : pas question, à l’époque de se payer.

Radioscopie - France Inter, Jacques Chancel reçoit Jacques Livchine, 1976

  • 1. Angry Young Men, groupe de dramaturges et écrivains britanniques apparus dans les années cinquante, aux œuvres marquées par le réalisme et la critique sociale.

Le trépied

La professionnalisation viendra quatre ans plus tard en 1972. À l’époque, Jacques devenu Livchine traverse une période « oblomovienne » selon ses termes, en période d’aboulie et de léthargie. Il a continué à monter des pièces politiques, sans grand succès sous un giscardisme qui voit le triomphe de l’argent.  Il prépare une mise en scène de L’Avare à ce sujet. Mais pour rester dans les références russes qu’il affectionne, il lui arrive « la lettre de Meyerhold ». En l’occurrence, un coup de fil d’un ami devenu directeur de théâtre à Villepreux, qui lui demande s’il a quelque chose à montrer. Jacques répond par la négative mais Edith, son épouse, le pousse à proposer L’Avare. La production prendra le nom « L’Avare &Co, de Molière », Harpagon y prend les traits d’un capitaliste et Dame Claude, la servante, y tient le rôle principal…muet. Elle est incarnée par Hervée de Lafond que Jacques vient d’embaucher avec le scénographe Claude Acquart. Hervée vient du Théâtre des ouvrages contemporains, elle a rencontré Jacques au théâtre des 2 portes et créé plusieurs spectacles pour enfants– genre auquel les femmes sont alors confinées. Mais elle a touché à tout, se montre une interlocutrice compétente pour les techniciens et sera notamment l’artisane des bandes-sons de la compagnie. L’Unité a trouvé son trépied. Auquel il faut ajouter un quatrième pilier : Edith Rappoport, l’épouse de Jacques, qui sera longtemps l’administratrice (bénévole !) de la compagnie et reste son indéfectible soutien discret mais fidèle.

Bouffonneries n°10 : "Fous" de théâtre
Conception : Patrick Pezin
1983

Et le théâtre vint à la rue…

1972 marque donc le départ d’une compagnie professionnelle, qui se lance sur les chemins d’Avignon et essuie les plâtres d’un Off en germination, avant d’être repérée par André Gintzburger qui lui trouve des représentations… et de la presse. L’Unité se veut une vraie troupe à décisions collectives, Jacques et Hervée se partagent les mises en scène. Ça marche, et ça marche si bien que la compagnie connait une crise de croissance, lassée de ce qu’elle appelle le public TLM ou Tous Les Mêmes. Ça va devenir une obsession pour elle : faire venir tout le monde. Alors elle décide de faire des parades dans la rue. D’abord chez Philippe Foulquié, qui les programme à Argenteuil, puis chez Jean Digne qui les accueille à Aix en Provence. Sur le cours Mirabeau, la parade de L’Avare &Co attire la foule… Et l’année suivante, Jean Digne monte Aix ouverte aux saltimbanques !

Aix, ville ouverte aux saltimbanques (1974)

« 1973 marque vraiment le début du Théâtre de rue, commente Jacques. Très peu d’acteurs y sont. C’est à ce titre que nous avons été invités dans le in du festival d’Avignon en 1980. Pour moi le théâtre de rue n’est qu’une arborescence du théâtre, et au départ, nous n’y étions que pour des parades… comme la 2CV Théâtre, le spectacle qui a changé notre vie en 1977. Le succès est né d’un malentendu ! C’était une parade pour un spectacle sur la faillite de l’usine de mon père, qui a eu de mauvaises critiques, alors que celle de Jean-Pierre Thibaudat sur la 2CV dans Libé a changé notre vie… ».

Montée en une semaine, La 2CV Théâtre propulse l’Unité vers les sommets. La pièce tournera pendant vingt ans sur presque tous les continents !

Théâtre de l'Unité, La 2CV théâtre, 1981

Voyages

L’Unité a tourné partout. Outre la stratégie de reconnaissance, C’est dans le nomadisme qu’elle aime travailler. Mais faut-il parler de « tournées » à proprement parler ? Assez vite, la transmission s’ajoute à la représentation. Associée au CAC de Saint-Quentin-en-Yvelines de 1979 à 1985, la compagnie crée des « Brigades » un peu partout dans le monde – la dernière née est en train de se monter à Calais et une autre à Epinal. Elle aime travailler en voyage, préparer des pièces en train et en avion plutôt que dans un bureau, s’adresser au chamelier du Niger autant qu’à l’ouvrier de Citroën…  Découvrir des talents qui ont faim d’expression et des publics assoiffés, des pays où le théâtre reste un lieu de socialisation, comme ces foyers de théâtre russes que Jacques décrit avec enthousiasme. L’Unité invente le concept du « théâtre de rue à mains nues » qui tient dans une valise. Scénographe et inséparable et impensable troisième pilier de l’Unité, Claude Acquart est un virtuose des scénographies légères, du bricolage, de la capacité à se déployer en tous lieux.

Théâtre de l'Unité "Le verbe poétique avec passion"
Auteur : Philippe du Vignal
Stradda n°29, juil. 2013

Ancrages et transmisson

Le nomadisme peut aussi exister dans l’ancrage. Ce n’est pas dans les grandes métropoles que L’Unité aime se déployer, mais dans les banlieues, les villes moyennes ouvrières aujourd’hui rongées. Sait-on qu’on lui doit ce qu’on appelle «l’école de Trappes » ?2 À Saint-Quentin, elle mène un atelier avec des lycéens et ce qu’on appelle alors des « loulous » et joue Le plus bel âge de la vie avec 80 jeunes comédiens dans un dépôt de locomotives. Comme les comédiens stagiaires veulent continuer l’aventure, ils créent Le Carnaval des ténèbres, l’une de leurs nombreuses fêtes. C’est dans leurs ateliers que Jamel Debbouze y découvre le théâtre à 13 ans… Toute l’équipe n’était pas enthousiaste, à ses débuts pour le travail de transmission. Mais il fait partie de leur ADN désormais, des Brigades aux Ruches qui rassemblent désormais stagiaires et pros de toutes les disciplines, une semaine durant, chaque année à la Friche d’Audincourt.

Le carnaval des ténèbres à Saint Quentin en Yvelines, 1984

Transmission à double volet : il y a la formation incessante de comédiens, le décryptage acéré mais bienveillant qu’ils portent sur les jeunes générations. Il y a aussi cette contamination incessante de toutes les populations qu’ils côtoient, par la fête, le rire, la convivialité, le dialogue. C’est ainsi qu’ils ont littéralement fait fait exploser le quartier d’Étouvie à Amiens, ou transformé une rue de Calais (La Rue extraordinaire). On n’est plus dans la représentation, mais dans l’action artistique partagée. Peut leur chaut, ils se moquent des étiquettes, et l’orchestration de fêtes marque peut-être leurs plus belles réussites artistiques. La région de Montbéliard en Franche-Comté peut en témoigner.

  • 2. Trappes a vu la compagnie Déclic Théâtre, qui a pris la suite du Théâtre de l’Unité, former à l’improvisation des comédiens tels que Jamel Debbouze et Sophia Aram parmi beaucoup d’autres.

Théâtre de l'Unité - La Tour Bleue, quartier d'Etouvie, Amiens
Auteur : HorsLesMurs
Date de parution : 2013
Collection : Banque d'expérience politique de la ville

Montbéliard

La compagnie a accédé à la reconnaissance dès les années soixante-dix, à la visibilité internationale dès 1977, à des moyens corrects avec l’arrivée de Jack Lang au ministère. Ce n’est pas allé sans crise de croissance. En 90 l’équipe est sur les genoux : l’Unité a joué 150 fois l’année précédente, sur quatre continents. Son ADN n’est pas institutionnel, mais les moyens sont dans les institutions, elle cherche donc un ancrage. Mais bien évidemment, ils ne vont pas postuler comme tout le monde à la direction d’un CDN. Ils passent une annonce :  Compagnie professionnelle cherche un lieu d’implantation, mairies, veuillez faire offre sérieuse. Montbéliard est sur les rangs avec sa scène nationale, et Claude Acquart convainc Jacques et Hervée de tenter l’aventure en terre ouvrière marquée par l’omniprésence de Peugeot.

Beaucoup d’encre a coulé sur cette histoire : l’Hôtel de Sponeck, lieu de la scène nationale transformé en Centre d’art et de plaisanterie, le sponeck monnaie locale du théâtre, le travail avec les comités d’entreprise qui donnera un Brecht pour Muguette, et l’apothéose du Réveillon des boulons qui révolutionne la ville le 31 décembre une année sur deux. La preuve, selon Jacques, qu’on peut bousculer l’institution par l’action, avec un programme : «  Il ne s’agit pas de remplir le théâtre de Montbéliard mais de remplir Montbéliard de théâtre ». Chaque rencontre doit se traduire par un nouveau « boulon » du réveillon. Ils développent là la métaphore du théâtre comme acupuncture, toucher des points qui font de petites sources, des ruisseaux,de grandes rivière et une marée humaine dans la rue…

Le réveillon des boulons, Quand les machines rient, 1996

Le culot des origines

L’Unité, ça rassemble, dans des créations à 100 personnes sur le plateau comme Ali baba, Quasimodo, L’Arche de Noé, ces spectacles fous pour tous publics qu’Hervée de Lafond aime à orchestrer.  L’Unité, ça bouscule, ça choque et ça dérange, par des contenus pourtant tout autres que les transgressions habituelles et un brin convenues du théâtre. Là, on engueule le spectateur, comme Hervée dans les Chambres d’amour, on choisit de se faire huer avec La Guillotine ou on joue, littéralement, pour les chiens, que Jacques cite dans les « grands moments » de la troupe. Encouragé par Gintzbuger, la troupe décide qu’il n’y a pas de raison que les compagnons à 4 pattes soient exclus de leur volonté de théâtre pour tous.  En 1985, dans chaque ville, des maîtres dûment repérés reçoivent des invitations en forme d’os, et sont invités à accompagner leurs chiens au Théâtre pour chiens. Barbouillés de rillettes et décorés de saucisses, les comédiens ont un succès fou auprès du public canin, jusqu’à devenir fous devant le regard triste des médor abandonnés de la SPA de Gennevilliers pour une émission de France Culture le soir du réveillon de Noël. Jamais la compagnie n’a eu autant de presse et la folie du projet a fait passer quelques mauvais jours et mauvaises nuits à Robert Abirached, directeur du Théâtre sous Jack Lang.

Théâtre de l'Unité, Théâtre pour chiens, 1983

La Guillotine, en 87, n’allait pas dans le sens de l’assagissement. On est dans le participatif : aux spectateurs de sauver un porcelet pris dans la machine impressionnante… Là, l’équipe va se frotter aux différences culturelles. En Allemagne, nul ne bronche, et c’est l’intervention de Pierrot Bidon qui sauvera la bestiole in extremis. Aux représentations suivantes, la compagnie proposera de guillotiner un flic, sauvé in extremis par sa petite fille dont la poupée fera l’objet de l’exécution. Aux Etats-Unis, interdiction de guillotiner même une poupée !

Théâtre de l'Unité, La Guillotine, 1987

Ils s’amusent aussi aux paris impossibles, avec la Théorie des paramètres, qui propose de changer un paramètre de la représentation (temps, lieu, etc), et selon l’expression de Jacques,  « inventent le loft sans le savoir », avec  une pièce qui dure 11 jours et onze nuits.

D’où leur vient ce culot ? « Des origines, dit Jacques. Hervée vient de l’aristocratie où on lui a inculqué qu’elle était la meilleure, moi de la bourgeoisie et d’origines russes et juives. Nos parents étaient ennemis ; Claude Acquart est polonais et son grand-père s’en prenait aux Juifs.  Notre théâtre se nourrit aussi de la rupture avec notre milieu et de blessures intimes. Hervée est carrée, française, rationnelle, j’apporte le désordre et le décalage… Je ne sais pas si l’humour  je ne sais pas si l’humour juif existe mais il y a quand même quelque chose ; j’aime bien le proverbe « Quand ça va bien, on se plaint, quand ça va mal, on pleure, et quand ça va très mal, on rit! »

Terezin qui évoque le camp de concentration éponyme où beaucoup d’artistes furent internés illustre ce paradoxe. Il ne cache pas son goût pour les catastrophes, pannes électricité, de voiture, etc… et son amour du cosmopolitisme.

Dossier de création du spectacle Terezin
Auteur : Théâtre de l'Unité
1995

Classiques dépoussiéré, écriture à plusieurs…

Un coup d’oeil à la liste kilométrique des spectacles montés par L’Unité laisse une place non négligeable aux classiques : Don Juan, Le Bourgeois gentilhomme, Le Revizor, Oncle Vania (mais à la campagne) Histoire du soldat, Brecht (mais pour Muguette), Macbeth de Shakespeare (mais en forêt). Pas ou peu de contemporains, en revanche. La compagnie montre une certaine inappétence aux auteurs actuels. En revanche,  L’Unité a considérablement écrit !  « Jacques est l’auteur du tronc des pièces, mais je mets toujours mon grain de sel, souvent au début et à la fin », précise Hervée. Une écriture de plateau, où l’on n’apporte pas un texte tout prêt, mais où l’on nourrit les comédiens avec quelques pages par jour.  À la manière de Molière et Shakespeare, Jacques en est convaincu.

Théâtre de l'Unité, Oncle Vania à la campagne, 2006

L’écriture, il la pratique aussi dans un petit ouvrage personnel, tout en fragments drolatiques et poétiques, Griffonneries, et sur de multiples blogs où il tient des journaux ironiques de ses actions. Ses Petites Théories jetables lui valent à la fois un fan club de lecteurs de Cassandre/Horschamp, revue à laquelle il collabore depuis sa fondation …. et de solides inimitiés chez les professionnels de la profession, égratignés par ses critiques acides et ses boulets rouges sur l’institution théâtrale ; il se dit persona non grata dans quelques prestigieuses institutions parisiennes.

Convivialité et politique

L’Unité rime avec banquet. Pas un spectacle qui ne se termine sans une troisième mi-temps avec bortsch pour Oncle Vania à la campagne, ou whisky pour Macbeth… c’est le principe même qui prévaut au Kapouchnik (« soupe aux choux »). À Audincourt, tout près de Montbéliard où la compagnie a posé ses quartiers depuis 2001 à la friche Japy, c’est un art de vivre. C’est là que se sont inventés les kapouchniks, ou la revue de presse en saynètes. On y décortique l’actualité sur scène, on y brocarde joyeusement politiques locales et internationales. C’est devenu un rendez-vous quasi incontournable d’Audincourt, à tel point que des commerçants ou employés supplient Jacques « N’en parlez pas au kapouchnik » en cas de problèmes !  Ils en sont bientôt à leur cent-neuvième, recensés et commentés sur le site web de l’Unité.

Agit-prop’ ? Pour eux, le théâtre est resté, est d’abord, politique. Ainsi du Parlement, leur dernier objet théâtral non identifié, présenté à Étouvie et à Aurillac, où l’on débat aussi bien de l’épilation des hommes que de la redistribution des richesses à partir de propositions de la population, plutôt que du public. Tous acteurs de sa vie, tous clowns sérieux sans se prendre au sérieux.

Après le Parlement de la Rue au festival d'Aurillac 2015, Jacques Livchine a pris la plume et en a fait un compte rendu au Premier Ministre. L’Alterpresse68 la publie.

Lire la lettre

Valérie de Saint-Do
Valérie de Saint-Do est auteure, journaliste critique de théâtre et d’arts plastiques. Après l’Ecole supérieure de journalisme de Lille, elle est journaliste de 1983 à 2012, à Quais, Sud-Ouest puis Cassandre/Horschamp, dont elle est rédactrice en chef durant douze ans. Elle a contribué ...